Comment tailler un olivier : le guide complet par type de taille

Taille d'un olivier au sécateur en mars, gros plan sur la coupe nette d'une branche charpentière

Sommaire

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Quelle taille faire sur mon olivier ?

Quel est l’âge approximatif de votre olivier ?

Temps de lecture estimé : 12 minutes

Points clés à retenir

  • L’olivier fructifie sur le bois N-1 : ne jamais couper tous les rameaux de l’année.
  • Tailllez entre mars et avril, après le gel et avant la floraison.
  • Trois types de taille distincts : formation, entretien annuel, fructification tous les 2 ans.
  • Appliquer du mastic sur toute coupe dépassant 3 cm de diamètre.
  • Pulvériser de la bouillie bordelaise après la taille pour protéger les plaies.

Comprendre l’olivier avant de le tailler

La biologie de la fructification sur bois N-1

Savoir comment tailler un olivier commence par comprendre un mécanisme biologique que la plupart des guides ignorent. L’olivier ne produit pas ses fruits sur les pousses de l’année. Il fructifie sur le bois de l’année précédente, le bois N-1. Ce détail change tout.

D’après mon expérience, c’est l’erreur la plus fréquente : tailler les rameaux vigoureux du printemps parce qu’ils « dépassent », puis s’étonner de la maigre récolte à l’automne. Le cycle est simple — un rameau pousse cette année, porte des fruits l’année suivante, puis s’épuise. Chaque geste de taille doit préserver ce bois N-1 en bonne santé tout en stimulant la venue de nouveaux rameaux.

Cette logique justifie chaque décision d’élaguage. Sans elle, on taille à l’aveugle.

Pour visualiser ce mécanisme sur un arbre réel, cette vidéo de newsjardintv explique pourquoi chaque coupe doit respecter la silhouette naturelle de l’olivier pour maintenir sa production :

Les trois types de taille et leurs objectifs distincts

Passons au vif du sujet : il n’existe pas une seule taille de l’olivier, mais trois. Chacune a ses critères, son rythme et ses gestes propres.

  • La taille de formation : pour les jeunes sujets, les premières années. Elle construit la charpente en gobelet.
  • La taille d’entretien : annuelle, pour supprimer les rejets, aérer et retirer le bois mort.
  • La taille de fructification : tous les deux ans, pour renouveler le bois épuisé et relancer la production.

Les mélanger dans une même intervention sans méthode, c’est risquer de déséquilibrer l’arbre durablement. Un olivier sur lequel on pratique simultanément une taille sévère de fructification et une remise en forme structurelle met deux ou trois saisons à récupérer.

Les erreurs qui stressent l’arbre durablement

Tailler trop sévèrement expose les branches charpentières au soleil direct. L’écorce, habituée à l’ombre du feuillage, brûle. Des fissures apparaissent, puis des nécroses. L’arbre mobilise toute son énergie pour cicatriser au lieu de fructifier.

L’autre piège classique : intervenir hors fenêtre. En été sous stress hydrique, les plaies restent ouvertes. En automne juste avant le gel, le froid pénètre dans le bois frais et nécrose les tissus. Ces deux saisons sont à exclure pour toute taille structurelle.

Quand tailler un olivier selon sa région et son stade

La fenêtre idéale de mars à avril

France Olive et l’AFIDOL s’accordent sur une période favorable : mars à avril. La raison est mécanique. Les risques de gel nocturne s’estompent, la sève reprend sa circulation, et la floraison n’a pas encore démarré.

Intervenir dans cette fenêtre donne à l’arbre le temps de cicatriser avant l’effort de la floraison. Les plaies se referment vite quand les températures remontent progressivement. L’olivier repart en végétation sans porter le poids de coupes fraîches.

Cas particuliers : taille tardive, régions froides, hiver doux

Dans le Centre, la vallée du Rhône ou le Bordelais, mieux vaut attendre mi-avril à début mai. La date de sortie du gel fait foi. En pratique, les bourgeons qui gonflent sans s’ouvrir complètement signalent le bon moment.

À l’inverse, un hiver particulièrement doux dans le Sud-Est peut avancer la taille à fin février. La plage réelle s’étend donc de fin février à mai selon les régions, mais la logique reste identique : après le dernier gel prévisible, avant la floraison.

Ce que l’on ne taille jamais en été ni en période de gel

L’été, l’olivier est en déficit hydrique. Forcer une cicatrisation à ce moment mobilise de l’eau que l’arbre n’a pas. Les plaies restent béantes et attirent les insectes ravageurs et les champignons. À éviter sans exception.

En période de gel, une coupe fraîche gèle avant de se refermer. Le froid pénètre dans les tissus vivants autour de la plaie et les nécrose. Le dégel révèle ensuite des lésions invisibles lors de l’intervention. C’est une cause fréquente de dépérissement localisé.

La taille de formation pour un jeune olivier

Sélectionner les 4 à 5 branches charpentières

La taille de formation ne démarre qu’une fois l’olivier à 1 mètre de hauteur minimum. Avant ce seuil, le sujet développe librement ses racines. On ne le freine pas.

À partir de ce palier, je sélectionne 4 à 5 branches charpentières bien réparties autour du tronc. L’idéal : des insertions en angle ouvert (45° à 60° par rapport au tronc), espacées régulièrement en hauteur et en azimut. Tout le reste est supprimé à ras. Pas de moignon — une coupe nette à l’insertion.

Pincer le rameau central pour orienter la ramification

La tige centrale, si elle pousse librement, tire la sève vers le haut au détriment des branches latérales. Je la coupe au-dessus du dernier nœud utile pour forcer la ramification vers l’extérieur. Cette opération s’appelle pincement quand on intervient sur une pousse tendre — c’est rapide, indolore pour l’arbre, et décisif.

Il est essentiel de répéter ce geste sur deux ou trois saisons pour construire une charpente solide. Une seule intervention ne suffit pas à orienter durablement la vigueur de l’arbre.

Donner la forme en gobelet dès la plantation

La forme en gobelet est la référence pour l’olivier de production. Elle ouvre le centre de l’arbre pour que la lumière pénètre jusqu’au cœur du feuillage. Chaque charpentière part vers l’extérieur sans croiser ses voisines.

Ce n’est pas une forme esthétique par hasard : elle maximise la surface foliaire exposée au soleil, donc la photosynthèse, donc la production. En pratique, deux ou trois saisons de formation suffisent pour poser les bases d’un gobelet propre et durable.

La taille d’entretien annuelle

Supprimer les souchets et rejets du pied

Les rejets du pied — appelés aussi souchets ou gourmands. Sont des pousses qui partent du collet ou des racines. Ils pompent une énergie considérable sans contribuer à la production. À retirer à ras, idéalement à la main quand ils sont encore tendres, au sécateur sinon.

Laisser ces rejets se développer sur deux ou trois saisons transforme progressivement l’olivier en touffe multi-tiges impossible à conduire. La remise en forme prend alors autant de temps que de saisons perdues.

Aérer le centre — la règle de l’oiseau qui vole

D’après mon expérience, le meilleur critère pour juger si un olivier est bien aéré est simple : un oiseau doit pouvoir traverser la couronne sans heurter de branche. Ce n’est pas une métaphore — c’est un repère opérationnel utilisé par les oléiculteurs professionnels.

Les branches qui poussent vers l’intérieur, qui se croisent ou qui remontent vers le centre sont à supprimer en priorité. Elles créent de l’ombre, favorisent l’humidité stagnante et concentrent les maladies fongiques. Un centre ouvert est le gage d’une récolte homogène.

Retirer les branches retombantes et le bois mort

Les branches qui retombent vers le sol alourdissent la couronne, frôlent parfois les herbes et sont plus exposées à l’humidité. On les coupe à l’insertion, proprement, sans moignon.

Le bois mort se reconnaît facilement : écorce grisâtre, cassante, sans bourgeons gonflés. Il ne produira jamais et peut héberger des ravageurs. Sa suppression systématique à chaque taille d’entretien est non négociable.

La taille de fructification tous les deux ans

Élaguer les branches ayant déjà beaucoup produit

Une branche qui a porté une belle récolte s’épuise. L’année suivante, elle produit peu ou rien. La taille de fructification vise à retirer ces rameaux épuisés pour forcer l’arbre à en produire de nouveaux — qui deviendront le bois N-1 productif de la saison d’après.

Le rythme recommandé par Le Trésor des Oliviers et La Compagnie de l’Huile d’Olive est tous les deux ans. Pas tous les ans. L’arbre a besoin d’une saison entière pour reconstituer son capital de rameaux fructifères avant qu’on intervienne à nouveau.

Conserver un rameau à fruits tous les 15 cm

La densité de rameaux est un équilibre précis. Trop dense, les fruits sont petits et la lumière manque. Trop clairsemé, la récolte est famélique. En pratique, je vise un rameau à fruits tous les 15 cm environ sur les branches charpentières, selon les préconisations de La Compagnie de l’Huile d’Olive.

Cet espacement favorise des olives plus grosses, une récolte plus homogène et moins de travail au tri. C’est le type de repère concret qui manque dans beaucoup de guides.

Raccourcir sans dénuder les branches charpentières

Raccourcir une charpentière stimule la ramification, mais jusqu’à un certain point. Si on coupe trop haut, le bois entre la coupe et la première bifurcation reste nu. Il ne produit rien, vieillit mal et peut dépérir.

La règle : ne jamais laisser plus de 20 à 25 cm de bois nu après une coupe sur charpentière. Couper juste au-dessus d’un œil ou d’un rameau latéral, même petit, assure la continuité de la sève et évite le dessèchement du moignon.

Les outils et soins après la taille

Sécateur, scie d’élagage, produit de cicatrisation (coupes > 3 cm)

Outil Usage Diamètre de coupe
Sécateur bypass Rameaux et petites branches vivantes Jusqu’à 2 cm
Sécateur à enclume Bois mort uniquement Jusqu’à 2 cm
Ébranchoir à manche long Branches en hauteur sans échelle Jusqu’à 3 cm
Scie d’élagage Charpentières et grosses branches 3 cm et plus

Pour toute coupe dépassant 3 cm de diamètre, un produit de cicatrisation s’impose. Ce mastic colmate la plaie avant que les champignons ne s’y installent. Beaucoup sautent cette étape pour gagner du temps. Deux ans plus tard, ils traitent un arbre malade.

Tous les outils doivent être désinfectés à l’alcool entre chaque arbre. Un sécateur qui transporte un champignon pathogène d’un rameau à l’autre est une contamination assurée. C’est une minute de précaution pour éviter des semaines de problèmes.

Traitement à la bouillie bordelaise contre les champignons

Les plaies de coupe sont des portes d’entrée directes pour les champignons. La bouillie bordelaise — sulfate de cuivre et chaux — est le traitement standard recommandé par les professionnels. On la pulvérise sur l’ensemble du feuillage et des charpentières dès que la taille est terminée.

La bouillie bordelaise agit en préventif. Elle crée un film protecteur sur les tissus végétaux. Elle ne guérit pas une infection déjà installée — c’est pourquoi l’application post-taille est le bon timing : les plaies sont fraîches, le film se dépose directement dessus.

Apport de fumure organique après intervention

La taille est un choc pour l’arbre. Lui apporter une fumure organique juste après l’aide à repartir. D’après des retours terrain documentés, 5 à 10 kg de fumier composté pour un olivier adulte est la bonne fourchette.

Je l’épands à la hauteur de la plombe des branches — c’est-à-dire à la verticale des extrémités du feuillage — et non contre le tronc. Les racines absorbantes se trouvent en périphérie. Mettre le compost au pied du tronc ne sert à rien.

Cas particulier : tailler un olivier en pot ou en bonsaï

Adapter la fréquence et l’intensité en contenant

Un olivier en pot n’a pas les mêmes ressources qu’un arbre en pleine terre. Son système racinaire est contraint, sa réserve d’eau et de nutriments est limitée. Il faut intervenir plus souvent mais plus légèrement.

En pratique, je taille un olivier en pot une à deux fois par an : une taille légère en mars pour les rejets et l’aération, un pincement en juin si la végétation est très vigoureuse. Pas de taille de fructification sévère : on ne peut pas demander à un arbre contraint de reconstituer du bois productif au même rythme qu’un arbre libre.

Maintenir un volume cohérent avec le volume racinaire

Pour être clair : le volume du houppier doit rester proportionnel au volume des racines. Réduire le pot impose de réduire le feuillage dans les mêmes proportions. Sinon, la transpiration foliaire dépasse ce que les racines peuvent absorber, et l’arbre se dessèche de l’intérieur.

Pour un olivier conduit en bonsaï, la logique est identique mais poussée à l’extrême. Chaque pousse de 5 à 6 feuilles est pincée à 2 feuilles, régulièrement de mars à septembre. Jamais de coupe brutale. Comprendre comment tailler un olivier en contenant, c’est d’abord accepter cette contrainte volumétrique avant tout geste de sécateur.

Questions fréquentes

Quand tailler un olivier pour avoir des olives ?

La taille de fructification se pratique entre mars et avril, tous les deux ans. En intervenant à ce moment, on renouvelle le bois N-1 épuisé et on stimule la venue de nouveaux rameaux qui porteront des fruits la saison suivante.

Peut-on tailler un olivier en été ou en automne ?

L’été est à éviter : l’arbre est en déficit hydrique, les plaies se ferment mal et les champignons prolifèrent. L’automne tolère une intervention très légère (rejets, bois mort uniquement), mais jamais de taille structurelle. Le gel qui suit endommagerait les plaies fraîches.

Comment tailler un olivier très haut ou envahi ?

On pratique un abaissement progressif sur deux ou trois saisons plutôt que de tout couper en une fois. On descend la hauteur de 30 à 40 % par intervention. Un arbre longuement négligé demande le même traitement étalé dans le temps pour ne pas le choquer.

Quelle est la différence entre taille de formation et taille de fructification ?

La taille de formation concerne les jeunes oliviers : elle construit la charpente en gobelet sur deux à trois ans. La taille de fructification s’applique aux arbres adultes : elle renouvelle le bois productif épuisé tous les deux ans pour maintenir la récolte.

Faut-il traiter les coupes après avoir taillé un olivier ?

Oui, dès que la coupe dépasse 3 cm de diamètre. On applique un mastic de cicatrisation sur la plaie fraîche, puis on pulvérise de la bouillie bordelaise sur l’ensemble de l’arbre pour protéger les tissus coupés contre les champignons.

Combien de branches faut-il garder sur un olivier ?

Pour un olivier adulte en gobelet, 4 à 5 branches charpentières constituent la base. Sur chacune, on vise un rameau à fruits tous les 15 cm environ. Le centre doit rester ouvert et lumineux — c’est le critère principal, plus que le nombre exact de branches.

Comment tailler un olivier en pot pour le maintenir petit ?

On intervient légèrement une à deux fois par an : suppression des rejets en mars, pincement des pousses actives en juin si nécessaire. L’objectif est de maintenir un volume foliaire proportionnel au contenant. Une taille sévère en pot fragilise un système racinaire déjà contraint.

Un olivier peut-il mourir si on le taille trop sévèrement ?

C’est rare sur un sujet sain, mais possible sur un arbre déjà affaibli. Une taille sévère expose les charpentières au soleil direct, provoque des coups de soleil et des nécroses de l’écorce. Sur un arbre sain, la récupération prend deux à trois saisons, à condition de ne pas réintervenir lourdement entre-temps.

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