Glyphosate en Espagne : cadre légal, usages et alternatives

Pulvérisateur agricole traitant une parcelle de vigne en Espagne au lever du jour

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Points clés à retenir

  • Le glyphosate est autorisé dans l’UE jusqu’au 15 décembre 2033
  • L’Espagne applique le cadre européen sans interdiction nationale supplémentaire
  • Usages principaux : grandes cultures, viticulture, oliveraies
  • Les alternatives mécaniques et agronomiques atteignent 80 à 90% de contrôle
  • Le surcoût des solutions non chimiques varie de 20 à 40% selon le système

Qu’est-ce que le glyphosate et à quoi sert-il en Espagne

Le glyphosate reste la substance active la plus utilisée dans le désherbage agricole en Europe, et l’Espagne ne fait pas exception. Pour être clair, ce glyphosate en Espagne pose une question simple en apparence : où en est-on vraiment, entre autorisation officielle, usages concrets et débat public tendu ?

Définition du produit et rôle d’herbicide non sélectif

Le glyphosate est un herbicide non sélectif : il détruit la quasi-totalité des plantes vertes avec lesquelles il entre en contact, sans distinction entre adventices et culture. C’est justement cette absence de sélectivité qui explique son usage massif avant semis, en interculture, ou sur les zones où aucune végétation n’est souhaitée.

Son mode d’action bloque une enzyme essentielle à la croissance des plantes. Résultat : la plante jaunit puis meurt en quelques jours. D’après mon expérience de terrain, c’est cette efficacité rapide et ce coût contenu qui expliquent sa popularité persistante malgré la controverse.

Principaux usages agricoles et non agricoles

En agriculture, le glyphosate sert au désherbage avant semis, au nettoyage des chaumes après récolte et, plus ponctuellement, au désherbage localisé dans certaines cultures pérennes. Hors champs, il est aussi utilisé sur les voies ferrées, certains espaces industriels et, historiquement, par des collectivités pour l’entretien de la voirie.

Cette diversité d’usages complique le débat : interdire le produit pour un usage n’a pas le même impact économique selon qu’on parle d’une grande exploitation céréalière ou d’un service espaces verts municipal.

Pourquoi le sujet reste sensible dans le débat public

Le glyphosate cristallise depuis une dizaine d’années les tensions entre agriculture productive et exigences environnementales. Il est essentiel de comprendre d’où vient cette sensibilité : une réévaluation scientifique controversée en 2022, portée par l’EFSA et l’ECHA, a nourri des positions opposées entre autorités sanitaires et associations environnementales.

En Espagne, où l’agriculture pèse lourd économiquement, le sujet touche directement des filières entières : céréales, vigne, oliveraies. Passons au vif du sujet : que dit précisément la réglementation ?

Glyphosate en Espagne : les repères clés : Cadre UE, Usages principaux, Seuil résidus, Alternative mécanique, Combinaison efficace

Quel est le cadre réglementaire en Espagne

Le cadre applicable en Espagne découle d’abord d’une décision prise à Bruxelles, puis relayée au niveau national.

Autorisation du produit au niveau européen

La Commission européenne a renouvelé l’approbation du glyphosate le 1er janvier 2024, pour une durée de 10 ans. Cette autorisation court donc jusqu’au 15 décembre 2033, sauf réexamen anticipé lié à de nouvelles données scientifiques.

Cette décision de 2023 a fait suite à la réévaluation scientifique de 2022 menée par l’EFSA et l’ECHA, qui n’ont pas identifié de risque justifiant un classement cancérogène au sens réglementaire. C’est ce constat qui a servi de base à la Commission pour trancher, malgré des avis divergents entre États membres.

Application des règles en Espagne

Une fois l’autorisation européenne actée, chaque État membre reste responsable de l’homologation produit par produit sur son territoire, ainsi que des conditions d’usage. L’Espagne applique ce cadre européen sans interdiction nationale supplémentaire, contrairement à d’autres pays qui ont restreint certains usages non professionnels.

Un point à retenir : l’autorisation européenne fixe le plafond, mais chaque État peut resserrer les conditions d’usage sur son territoire. En Espagne, le curseur reste proche du cadre européen commun.

Différences possibles selon les usages et les conditions de mise sur le marché

Toutes les formulations à base de glyphosate ne sont pas homologuées pour tous les usages. Un produit autorisé pour le désherbage avant semis en grande culture peut ne pas l’être pour un usage en espace public. Le seuil de résidus de 0,1 mg/kg, souvent cité dans les discussions sur la qualité des denrées, s’applique quant à lui de façon harmonisée au niveau européen, contrôles à l’appui.

Dans quels contextes le glyphosate est encore utilisé

Concrètement, où le produit est-il encore présent sur le terrain espagnol ?

Grandes cultures et entretien des parcelles

Dans les grandes cultures céréalières, notamment en Castille, le glyphosate sert surtout en interculture, pour nettoyer les parcelles entre deux récoltes. Cet usage limite le travail du sol, ce qui explique aussi son intérêt pour les techniques agricoles de conservation.

Viticulture, oliveraies et autres cultures pérennes

La viticulture et les oliveraies, très présentes en Espagne, utilisent le glyphosate pour le désherbage sous le rang, là où le passage d’outils mécaniques est plus complexe à cause de la proximité des ceps ou des troncs. C’est un usage ciblé, en bandes, plutôt qu’un traitement de surface complète.

Pour visualiser les enjeux sanitaires qui pèsent sur d’autres produits phytosanitaires utilisés en Espagne, cette vidéo de FRANCE 24 détaille le cas voisin du chlorpyrifos, un insecticide dont le retrait illustre la pression réglementaire croissante sur l’ensemble du secteur.

Usage par les collectivités et les gestionnaires d’espaces

Sur les espaces publics, l’usage a nettement reculé ces dernières années, sous la pression des riverains et des associations locales. Certaines municipalités espagnoles ont volontairement réduit ou abandonné le glyphosate sur la voirie, même sans obligation légale nationale.

Quels sont les risques et les points de controverse

Trois angles de controverse reviennent systématiquement dans le débat.

Débat sur les effets sanitaires

Le Centre international de recherche sur le cancer a classé le glyphosate comme cancérogène probable en 2015, une position que l’EFSA et l’ECHA n’ont pas confirmée lors de leur réévaluation de 2022. Ce désaccord entre agences explique en grande partie pourquoi le débat n’est toujours pas tranché dans l’opinion publique.

Impacts environnementaux et biodiversité

Au-delà de la question sanitaire humaine, les impacts sur la biodiversité des sols et sur certains pollinisateurs font l’objet d’études contradictoires. Un désherbage total répété appauvrit la flore adventice, qui joue pourtant un rôle dans l’écosystème agricole.

Enjeux de résidus et perception des consommateurs

Le seuil de 0,1 mg/kg évoqué plus haut rassure sur le plan réglementaire, mais la perception des consommateurs reste plus sévère que les données de contrôle. Cet écart entre le cadre légal et l’image du produit pousse une partie des filières espagnoles, notamment en bio, à s’en passer totalement.

Quelles alternatives existent au glyphosate

Face à ces controverses, plusieurs voies de substitution se développent, avec des résultats inégaux.

Alternatives mécaniques

Le désherbage mécanique repose sur 1 à 3 passages selon la culture et la pression des adventices, à l’aide de bineuses, herses étrilles ou tondeuses interceps en viticulture. C’est une solution efficace, mais qui demande du matériel et du temps.

Le coût de ces programmes se situe généralement entre 50 et 120 € par hectare, un ordre de grandeur variable selon le contexte régional et le type de sol.

Alternatives agronomiques et prévention des adventices

La prévention reste la stratégie la plus durable : couverts végétaux, rotation des cultures, faux-semis. Ces pratiques réduisent la pression des adventices en amont plutôt que de la traiter une fois installée. La fenêtre d’action utile se situe généralement entre 3 et 6 semaines avant la montée en graines des mauvaises herbes.

Combinées entre elles, ces stratégies mécaniques et agronomiques atteignent parfois 80 à 90 % de contrôle des adventices dans certains essais, un niveau proche des solutions chimiques classiques.

Solutions chimiques de substitution et leurs limites

D’autres matières actives, comme le 2,4-D, sont parfois citées comme alternative partielle. Il faut rester prudent sur ces comparaisons : ce produit a son propre profil réglementaire et ses propres restrictions d’usage, et ne remplace pas le glyphosate terme à terme.

Comment choisir la bonne stratégie de désherbage

Le choix dépend rarement d’un seul critère. En pratique, trois éléments structurent la décision sur le terrain.

Selon le type de culture

Une grande culture céréalière tolère mieux un passage mécanique généralisé qu’un vignoble en coteaux, où l’accès reste contraint. Le type de culture oriente donc directement la faisabilité technique de chaque solution.

Selon la pression des adventices

Une parcelle avec une pression faible se contente souvent d’une stratégie préventive. À l’inverse, une parcelle envahie nécessite une intervention plus lourde, mécanique ou chimique, avant que la situation ne devienne difficile à rattraper.

Selon le budget, le temps de travail et les contraintes réglementaires

Le passage à des solutions non chimiques entraîne souvent une surcharge de coût ou de temps de 20 à 40 % selon le système cultural. C’est un facteur décisif pour les petites exploitations, qui n’ont pas toujours la trésorerie ou la main-d’œuvre disponible pour ce changement.

Ce qu’il faut retenir avant d’acheter ou d’utiliser un herbicide

Que l’on soit agriculteur ou simple gestionnaire d’un terrain, quelques vérifications s’imposent avant tout achat.

Vérifier l’étiquette et l’usage autorisé

Chaque produit à base de glyphosate est homologué pour des usages précis. Vérifier l’étiquette évite un usage non conforme, qui expose à des sanctions et à un risque pour l’environnement proche.

Contrôler les conditions locales d’application

Certaines communes espagnoles imposent des restrictions locales, même sans interdiction nationale. Se renseigner auprès de la chambre d’agriculture ou de la mairie évite les mauvaises surprises.

Évaluer le rapport efficacité / risque / conformité

Pour ma part, je recommande toujours de comparer le coût réel d’une solution chimique à celui d’une combinaison mécanique et agronomique sur la durée, plutôt que sur une seule campagne. Le calcul change souvent une fois le temps de travail et les risques réglementaires intégrés.

StratégieCoût indicatifEfficacité observée
GlyphosateFaible à modéréÉlevée, rapide
Mécanique (1 à 3 passages)50 à 120 €/haVariable selon culture
Mécanique + agronomique combinée+20 à 40 % vs chimique80 à 90 % selon essais

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